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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayTrois générations de Cohen étaient réunies mercredi soir au Théâtre Saint-Denis, à Montréal, pour un spectacle en hommage à Leonard Cohen, décédé il y a 10 ans. Accompagné de son fils Cassius à la basse, Adam Cohen a interprété les chansons de son père avec une tendresse désarmante, rejoint sur scène par Rufus et Martha Wainwright.
Présenté une première fois lundi au Grand Théâtre de Québec, le spectacle Everybody Knows Leonard Cohen faisait escale à Montréal devant une salle comble au Théâtre Saint-Denis. Le spectacle y sera présenté en supplémentaire jeudi avant un arrêt à Toronto samedi, 10 ans jour pour jour après le décès du poète.
Si Adam Cohen ne possède pas tout à fait le même timbre que son père, il a su en reproduire les nuances avec justesse, particulièrement dans les notes graves. À certains moments, il suffisait de fermer les yeux pour avoir l’impression que Leonard Cohen était lui-même sur scène.
Visiblement, le musicien de 54 ans a également hérité du charisme et de l’humour de son père. Entre les chansons, il a su établir une complicité avec le public, ponctuant la soirée d’anecdotes et de souvenirs.
Bird on a Wire, Suzanne, So Long Marianne, Who By Fire, Everybody Knows, Tower of Song… Le chanteur et guitariste a enchaîné les plus grands succès de Leonard Cohen dans des arrangements simples, mais efficaces, magnifiés par la guitare électrique d’Ariel Posen, le violon et les synthétiseurs de Jesse Kotansky, ainsi que les voix des choristes Claire Hunter et Taylor Jackson.

Adam Cohen et son fils Cassius au gala des prix Juno en 2017 à Ottawa, où l'album «You Want It Darker» de Leonard Cohen a été sacré album de l'année.
Photo : afp via getty images / LARS HAGBERG
Vers la fin du concert, il s’est même permis de reprendre Hallelujah, succès planétaire dont son père avait fini par se lasser face à sa surexploitation et à son nombre incalculable de reprises.
À la fin de sa vie, mon père avait demandé qu’on ne joue plus Hallelujah, mais il y avait quelques exceptions, notamment lorsqu’elle est interprétée par une autre famille montréalaise, Rufus et Martha Wainwright, a-t-il lancé avant d’inviter les deux chanteurs sur scène pour un moment fort de la soirée.
En entrevue au téléphone mercredi matin, à quelques heures du concert, Adam Cohen est revenu sur l’héritage de son père, une décennie après sa mort. Leonard Cohen symbolise l'excellence littéraire dans la musique. Il a un côté poétique qui n’a pas vraiment de rival, sauf peut-être Bob Dylan, du haut de sa montagne, a -t-il expliqué.
Il a aussi souligné la manière dont Leonard Cohen a contribué à déstigmatiser la dépression, dont il a souffert pendant toute sa vie et dont il n’hésitait pas à parler en entrevue, toujours avec une pointe d’humour.
C’est incroyable que quelqu’un ait fait tellement d’entrevues à propos de la dépression avant que tout le monde en parle avec des buzzwords, a-t-il observé.
Il parlait d’une dépression très sévère, et il en parlait avec une telle honnêteté, une telle franchise et avec beaucoup d’humour. Il était à la tête de la courbe.

Leonard Cohen en 1972
Photo : Leonard Cohen Family Trust
Réparer en secret les cœurs brisés
Au-delà des chansons intemporelles qu’il a laissées derrière lui, Leonard Cohen a su traduire avec une grande sensibilité les tourments et les contradictions de l’expérience humaine, selon Christophe Lebold, professeur à l'Université de Strasbourg et expert du poète qui a signé la monographie Leonard Cohen, l’homme qui voyait tomber les anges.
C'est quelqu'un qui prend très au sérieux la vie intérieure, explique l’auteur en entrevue avec Radio-Canada, évoquant la vulnérabilité crue qui imprègne l'œuvre de celui qu’on a appelé the poet of brokenness, ou le poète de la brisure.
Il a été marqué par la mort de son père lorsqu’il était jeune, et à peu près au même moment, par la découverte de l’Holocauste, un traumatisme énorme. Cette déchirure radicale va envahir sa poésie, explique M. Lebold.
Dans son ouvrage, Christophe Lebold compare également Cohen à un métaphysicien du cœur brisé, une image qu’il avait expliquée lors d’une entrevue sur la chaîne YouTube de Winston McQuade en 2024.
Fondamentalement, pour Leonard Cohen, le monde est brisé, nos cœurs sont brisés, le contrat social est brisé, tout est brisé. Et donc, il y a une grande réparation à faire, avait-il illustré, avant d'évoquer le parcours spirituel du poète. Né dans une famille juive pratiquante, Leonard Cohen a conservé un profond attachement à ses racines tout en s'intéressant au bouddhisme zen, qu'il a étudié auprès du maître japonais Kyozan Joshu Sasaki.
Il est notamment inspiré par une tradition juive mystique qu’on appelle la Kabbale, et selon laquelle on vit dans les ruines de Dieu. Le premier acte de Dieu, c’est Dieu qui a explosé, et son amour est répandu en étincelles dans le monde et il faut les chercher.
Leonard Cohen nous a réappris à dire "alléluia", mais un alléluia qui respecte la vérité de notre condition moderne. Il a réinventé la figure poétique du poète spirituel, mais en rendant à la spiritualité son côté subversif et sexy, en nous rappelant aussi qu’on peut inventer le rapport que l’on souhaite avoir avec Dieu.

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