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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayMarc André Masson a l'habitude de clore l’émission qu’il anime en souhaitant une bonne journée aux téléspectateurs et en leur lançant un « à demain ». Mais pas en ce vendredi. Après 47 ans de métier, dont 43 à Radio-Canada, le journaliste et animateur de l'émission matinale quitte les ondes du diffuseur public pour la dernière fois.
Si le grand public le connaît aujourd’hui comme l'homme à la barre de la matinale d'ICI RDI – qu'il a pilotée sous toutes ses moutures depuis 2010 –, son parcours est digne du célèbre refrain de Johnny Cash, I've been everywhere, man.
Il y a déjà un patron qui m’a dit : "Coudonc, t'as travaillé partout, toi. Il n’y a pas beaucoup de journalistes, que ce soit du côté anglais ou français, qui ont travaillé dans autant de villes que toi".

Le journaliste-présentateur Marc André Masson prend sa retraite après 43 ans à Radio-Canada.
Photo : Radio-Canada / Martin Landry
Après ses débuts à Trois-Rivières, sa ville natale, il a sillonné le pays d’un océan à l'autre : Toronto, Vancouver, Calgary, Ottawa, Winnipeg. Puis Fort McMurray, Timmins et Havre-Saint-Pierre. Sans oublier ses missions à l'étranger, de Londres à Pékin, en passant par Rome et Rio de Janeiro.
Il semble avoir une anecdote pour chaque endroit visité. Que ce soient les Chinois fascinés par notre présence, les jubilés à Londres, vraie plaque tournante médiatique, ou encore Calgary, où il se vante de pouvoir encore se repérer sans GPS ou Waze.

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Des inondations marquantes
Au-delà des villes, il a couvert une multitude d’événements majeurs : les Jeux olympiques, les décès et les conclaves de papes, les attentats du 11 septembre 2001. Mais il retient un événement qui l’a marqué tant sur le plan personnel que professionnel.
Fraîchement arrivé à Winnipeg, il est rapidement appelé à multiplier les reportages sur le terrain lors des inondations du printemps 1997. Là, tu couvres une catastrophe dans ta ville, se remémore-t-il.
Il retient bien sûr les 50 centimètres de neige qui ont fondu d’un seul coup et le désastre qui s'en est suivi, mais également l’esprit d’entraide des Manitobains.
J’ai vu des septuagénaires sikhs se promener en haut des digues, qui ne pouvaient pas transporter de sacs, mais qui avaient des plateaux de muffins ou qui avaient préparé des repas.
Pour sa carrière, cette histoire a également marqué un jalon important. C’est la première fois où j’ai animé sans texte, sans télésouffleur. Il cite cet événement comme celui qui a cristallisé son passage vers l’animation. Cet épisode lui aura également permis de développer le style narratif qui a fait sa marque de commerce.

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Optimiste, mais pas naïf
Ce style et cette façon de raconter les choses ont fait de lui la personne toute désignée pour animer l’émission matinale à ICI RDI, chaise qu’il a occupée pendant une quinzaine d’années pour conclure sa carrière.
Les propos du journaliste Marc Laurendeau l’ont touché : Il m’a dit que, quand il m’écoutait le matin, j’avais toujours ce coup d’œil ensoleillé et ce ton optimiste, mais pas naïf. J’ai aimé qu’il me dise ça, parce que c’est exactement ce que je voulais transmettre.
La clé du succès pour pouvoir survivre si longtemps à la barre d’une émission matinale : la discipline. Tu fais un X sur le Téléjournal, les matchs de hockey et de basket, et tu te couches à 19 h ou 20 h.
Comme tout bon journaliste, il cite également la curiosité.
En me couchant à cette heure-là, j’étais profondément curieux de ce que j’allais découvrir en me levant à 2 h du matin et qui allait être ma matière première pour démarrer la journée.
La télévision a encore sa place
Dans un univers médiatique qui évolue à la vitesse grand V, il estime que la télévision a encore sa place, surtout le matin.
Il cite souvent l’exemple fictif de la mère du petit Thierry qui attache son manteau avant d’aller à l’école et qui n’a pas nécessairement le temps de s'asseoir devant un ordinateur pour consommer les nouvelles. Regarder le téléjournal du coin de l'œil lui permet donc de s’informer.

Il ne faut pas oublier la bonne humeur en animant, indique l'animateur de longue date.
Photo : Radio-Canada / Archives
Bien que l’émission du matin soit, selon lui, parfois sous-estimée, il souligne son rôle essentiel : On donne le ton à la journée. [...] Il y a des gens à qui on a parlé en Ukraine, de bonne heure le matin, et plus tard dans la journée, l’antenne cellulaire était abattue ou ils étaient en fuite. Il y avait donc encore les images de notre émission qui jouaient en soirée.
Cet exemple illustre également que débuter tôt peut être avantageux. À l’heure où on commence, tu as toute l’Europe qui est debout. Tu as aussi l’Asie qui termine sa journée et qui a du temps pour nous parler. Ce constat est de bon augure pour la nouvelle mouture de l’émission, Première ligne, qui fera une plus grande place à l’actualité internationale.
L'avenir du journalisme
S’il est optimiste quant à la suite des choses pour l’émission du matin, il s’inquiète pour l'avenir du métier. Il voit d’un mauvais œil la montée de l’intelligence artificielle, qui complique déjà la tâche des journalistes.
Ce que je trouve déplorable et épouvantable, c'est la méfiance et la mise en garde dans lesquelles les jeunes journalistes devront travailler.

Marc André Masson sur le terrain à Lac-Mégantic
Photo : Radio-Canada
« Prudence » est ainsi le mot d’ordre pour les journalistes de la relève, à ses yeux. Avant, il suffisait de deux sources fiables pour aller en ondes avec une information. Aujourd’hui, on a des images et on doit les vérifier deux fois. Il y a des équipes entières qui calculent l’ombre derrière un avion, derrière une montagne, pour authentifier les images. Ce n’est pas ça, le métier de journaliste, déplore-t-il.
Malgré tout, il reconnaît que la technologie a facilité d’autres aspects du métier. Il se souvient de ses débuts, où le travail se faisait sur papier et avec des films qu'il fallait recoller, et trouve extraordinaire de pouvoir faire de la télévision outre-mer avec un simple téléphone cellulaire.
D’autres conseils pour la relève
Marc André Masson implore sa succession de ne pas oublier pour qui on fait ce métier.
On est évalués par des milliers de boss en même temps, développe-t-il. Il faut donc faire preuve de rigueur, oui, mais aussi livrer les nouvelles avec bonne humeur et convivialité et ne pas être trop stagé.
Il invite également ses collègues à simplifier leurs propos. La façon de s’exprimer en ondes a beaucoup évolué depuis ses débuts, explique-t-il, époque à laquelle le Téléjournal avait des allures de concours de littérature.

Le jeune Marc André Masson (debout, à droite) entouré d'anciennes gloires du Canadien de Montréal : Jacques Lemaire, Jean-Guy Talbot et Robert Rousseau.
Photo : Le Nouvelliste (archives) / Roland Lemire
Le ton est beaucoup plus conversationnel aujourd’hui, mais il pourrait encore être simplifié, selon lui. Il estime que certains journalistes utilisent des mots trop complexes et ont parfois le réflexe d’étaler leurs connaissances en ondes plutôt que d’aller au vif du sujet.
Je me suis souvent demandé si j’avais l’air moins bon ou moins brillant que les autres journalistes qui posent ces questions. [...] Ce n’est pas parce que je n’ai pas utilisé ces mots que je ne les connais pas.
Ce qui l’attend à la retraite
Avec ses 47 ans d’expérience, on pourrait être tenté de le qualifier de vieux routier, mais on sent qu’il pourrait travailler encore longtemps. Il aurait effectivement pu prolonger sa carrière, mais il n'était pas prêt à s'engager pour plusieurs années, comme l'aurait exigé le lancement de Première ligne.
Malgré le vertige qu’il ressent, il assure que son agenda est rempli pour les prochains mois.
Il va profiter de son nouveau temps libre pour aller jusqu’au bout de projets que son horaire atypique rendait difficiles à achever. Il va continuer de faire du ski. Et il espère aussi entendre moins souvent sa conjointe, Louise, lui demander s’il reste avec eux ou s’il va plutôt quitter la table pour aller lire ses courriels à l’heure du souper.
Sa carrière et celle de sa conjointe, agente de bord, ne lui ont pas rendu la tâche facile, mais il croit avoir réussi à jongler avec la vie familiale. Même s’il a manqué quelques anniversaires et d’autres moments en cours de route, il assure avoir été en mesure de mener ses enfants au zoo et à la piscine régulièrement. On le sent d’ailleurs très fier lorsqu’il évoque ses enfants Maxime, Tristan et Mélisande, aujourd’hui d’âge adulte.
Il compte également terminer sa formation de recherche et sauvetage prochainement. Il a été marqué par le rôle important des secouristes bénévoles pour retrouver une fillette disparue récemment. Comme quoi il n’est jamais bien loin de l’actualité...

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9 months ago
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