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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayAprès le Massey Hall au mois de juin, c’est au tour du Conservatoire royal de musique (RCM) de fêter le centenaire du pianiste de jazz canadien Oscar Peterson. Lors des trois soirées organisées pour l’occasion, on retrouvera certains des musiciens qui s’étaient déjà produits au printemps, comme Thompson Egbo-Egbo, Sean Nimmons ou encore Amanda Tosoff, mais aussi d’autres noms illustres parmi lesquels la chanteuse Cécile McLorin Salvant, le pianiste Jon Kimura Parker et l’ancien compagnon de route de Peterson, Jeff Hamilton.
Mon plus grand regret, c’est qu’il n’a jamais joué à Koerner Hall, confesse Mervon Mehta, directeur général pour les arts de la scène au Conservatoire royal de Toronto qui chapeaute avec la veuve du musicien, Kelly Peterson, la série d’événements qui se déroule cette semaine.
C’est la troisième fois qu’ils travaillent en tandem afin de rendre hommage au jazzman. Il y a d’abord eu cette soirée en 2010, alors que Mervon Mehta venait de prendre ses fonctions. Pour l’occasion, étaient présents la pianiste Carol Welsman, le contrebassiste Dave Young et le trompettiste Roy Hargrove, entre autres… En décembre 2015, le duo a fait venir le piano d’Oscar Peterson, un BösendorferImperial avec octave supplémentaire depuis Mississauga pour le hisser sur la scène du Koerner Hall. C’était à l’occasion de la soirée de lancement de l’album Oscar With Love, qui réunissait des compositions du pianiste jouées par d’autres.
Dans la lignée de Franz Liszt ?
Mais l’histoire d’Oscar Peterson avec le Conservatoire royal de Toronto commence en réalité… à Montréal. D’abord intéressé par la trompette, il abandonne cet instrument à la suite d’une infection pulmonaire. Il passe alors au piano que lui apprend sa sœur, Daisy. Celle-ci utilisait le curriculum du RCM pour enseigner à son jeune frère et à ses autres élèves.
La suite de l’apprentissage s’est faite avec Paul de Marky, dont le professeur avait été l’élève de Franz Liszt. Il n’en faut pas plus pour parler d’une lignée reliant l’illustre pianiste hongrois et la légende canadienne du jazz ! Pour Mervon Mehta, cette filiation est tout sauf anecdotique : quand on sait tout cela, le travail des doigts, la virtuosité, la précision d’Oscar, tout s’explique : il vient de cette école Lisztienne .

Daisy et Oscar Peterson en 1944
Photo : Wikipedia
Bien qu’il n'ait techniquement jamais étudié entre les murs du RCM, il en reçoit le titre de membre honoraire (honorary fellow) en 2001. En 2021, le Conservatoire renomme son école de musique communautaire du nom d’Oscar Peterson. Glorifiant ainsi le plus grand pianiste canadien de jazz de l’Histoire, tellement grand que beaucoup d’amateurs hors du Canada pensent qu’il était américain ! , s’offusque Mervon Mehta.
Modèle de précision
Pour qualifier le pianiste, chacun y va de son superlatif. Le plus mémorable est peut-être celui employé par Duke Ellington qui qualifiait Oscar Peterson de maharaja des claviers . En soixante ans de carrière, il a enregistré plus de 200 albums et a remporté huit prix Grammy. Pour rendre un hommage à sa hauteur, la pression parmi les musiciens actuels est élevée.
La première fois que je l’ai entendu c’était sur un enregistrement, j’étais étudiant à la Juilliard School de New York , se rappelle Jon Kimura Parker, pour moi, qui était un pianiste classique, je n’arrivais pas à croire que ce que j’entendais était techniquement possible . Une autre pianiste, Thompson Egbo-Egbo, s’est vu offrir un disque d’Oscar Peterson jouant West Side Story, alors qu’il était au secondaire. Il se remémore : « j’entendais la musique interprétée différemment, avec une liberté, une manière de faire nouvelle ».
On ne va pas se mentir, quand on rend hommage à Oscar Peterson, on ne peut pas faire n’importe quoi , affirme Thompson Egbo-Egbo, je travaille depuis plusieurs mois sur ma prestation, il faut que tout soit parfait , ajoute-t-il. Pour lui, le jazzman est un modèle dans le respect du niveau d’exécution, le souci du détail et la discipline de travail. Alors, depuis quelques semaines, quand il se produit avec son trio ailleurs au Canada, Egbo-Egbo glisse ça et là des morceaux qu’il jouera samedi soir, pour tester la réaction du public et voir ce qu’il peut améliorer.
Si Oscar Peterson est mon point de référence, qu’est-ce que je fais chaque jour pour me rapprocher de ce niveau ?
La pression est justifiée par le fait que certaines des œuvres composées par Peterson sont difficiles à interpréter. Le directeur général du RCM note que « peu de pianistes peuvent se permettre de jouer la Canadiana Suite tant elle est exigeante ». Une virtuosité due aussi à la taille de ses mains, une légèreté dans le toucher malgré une carrure imposante, le tout combiné à une coordination phénoménale. À cela s’ajoute une manière d’être, son swing, que Jon Kimura Parker commente : quand il jouait, il rayonnait la joie, on pouvait le voir dans ses yeux, l’entendre à travers la façon dont il grommelait en jouant, il aimait tellement la musique qu’il voulait que tout le monde l’aime aussi .

Le musicien Oscar Peterson et la chanteuse Ella Fitzgerald à Londres, le 18 juillet 1980.
Photo : Getty Images / Keystone
Tout sauf une diva
La technique inimitable est ce qui a fait de lui un monument du jazz, mais selon Mervon Mehta, sa longévité vient aussi du fait qu’il est resté fidèle à une certaine tradition du jazz, sans chercher à être dans la tendance, une école issue de Louis Armstrong, Gershwin, Duke Ellington, etc…
Ceux qui l’ont rencontré se souviennent de son exigence, mais aussi de son extrême gentillesse. La première fois que Mervon Mehta et Oscar Peterson ont travaillé ensemble, c’était lorsque le premier a invité le second au festival de Ravinia de Chicago alors qu’il en était le programmateur. il fallait lui payer la moitié du cachet avant qu’il monte dans l’avion, je pensais que j’allais me retrouver face à une diva , se souvient-il, mais en fait, quand il est sorti de la limousine, il m’a pris dans ses bras et m’a dit qu’il suivait ce que je faisais . À cette occasion, Mervon Mehta a aussi rencontré le reste de la famille avec qui il a tissé des liens qui perdurent aujourd’hui.

Oscar Peterson et Jon Kimura Parker à table.
Photo : Avec l'autorisation de Jon Kimura Parker
Jon Kimura Parker loue également cette générosité : j’ai été convié à un dîner avec lui, mais je pouvais à peine parler tellement j’étais en admiration , visiblement touché par ce jeune pianiste transi, Oscar Peterson l’a invité le lendemain : il m’a proposé de l’accompagner à une soirée au Blue Note où il allait faire une apparition surprise pour son ami Ray Brown. Le musicien canadien a été particulièrement marqué par ces courts moments passés avec son compatriote.
Un programme éclectique
Alors pourquoi trois concerts hommage et pas un seul ? Il était impossible de nous cantonner à un aspect de la musique d’Oscar , explique Mervon Mehta.
La première (23 octobre) est gratuite et se déroule dans le hall du Conservatoire royal. Il y aura une classe de maître, une table ronde et elle s’achèvera par un concert du Sean Nimmons Trio. La deuxième (24 octobre) comprendra notamment la suite Africa avec l’orchestre de jazz Clayton-Hamilton. En première partie, ce sera une recréation d’Oscar and the Bassists.

Cécile McLorin Salvant
Photo : Mark Fitton
Le dernier événement (25 octobre) est un hommage aux pianistes avec une affiche qui mériterait son concert pour chaque nom : Makoto Ozone, Jon Kimura Parker et Amanda Tosoff se succèderont sur scène avant la venue de la chanteuse Cécile McLorin Salvant qui interprètera des titres composés par Oscar Peterson, dont certains inédits. Thompson Egbo-Egbo, qui sera aussi de la partie, admet dans un sourire : c’est une vraie chance pour moi de jouer aux côtés de tous ces artistes, ça me met un peu la pression, mais c’est de la bonne pression !
Les trois soirées hommage à Oscar Peterson se dérouleront au Conservatoire royal de Toronto du 23 au 25 octobre.

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6 months ago
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