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Le festival Haïti en folie fête 70 ans de compas au parc La Fontaine

10 months ago 47

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Le parc La Fontaine vibrera au rythme du compas samedi soir à Montréal, alors que le festival Haïti en folie célèbre les 70 ans du genre musical et rend hommage à l’un de ses représentants les plus célèbres, le chanteur Coupé Cloué. Le musicologue Claude Dauphin et DJ Nonez, qui sera derrière les platines samedi, reviennent sur l’histoire du compas, de Port-au-Prince au monde entier.

DJ Nonez assure depuis plus de 20 ans l’ambiance musicale d’événements de danse sociale à Montréal, dans des styles variés comme la salsa, la bachata, la kizomba, le tango, mais aussi le compas, dont il a observé la popularité grandissante au fil des ans.

Le compas a vraiment commencé à prendre son essor, surtout dans les deux dernières années. Les gens en sont friands et les cours de compas se donnent partout dans le monde : à Paris, en Espagne, au Portugal et même en Asie, comme en Chine et en Corée. Et en Afrique, bien sûr, explique-t-il au bout du fil.

Un homme derrière une console de DJ et un ordinateur, devant une salle où un couple danse.

DJ Nonez sera derrière les platines à 18 h 45 samedi au parc La Fontaine pour un voyage musical dans l'histoire du compas.

Photo : Montreal Salsa Convention

Plusieurs artistes modernes portent encore aujourd’hui l’héritage du compas, comme Joé Dwèt Filé, Rutshelle Guillaume ou Roody Roodboy. Quatre générations de musiciens plus tard, le compas se chante encore principalement en créole haïtien.

De 1955 à nos jours, la section rythmique est restée pratiquement inchangée. La musique a beaucoup changé par contre. Le génie des musiciens haïtiens a été d’évoluer avec les musiques qui étaient populaires au fil des époques dans le monde, poursuit le DJ, de son nom complet Jean Nonez, dont la passion pour le compas est palpable dans la manière dont il raconte son histoire.

Un dérivé du merengué haïtien

L’invention du compas est attribuée à Nemours Jean-Baptiste, un célèbre saxophoniste haïtien qui dirigeait, dans les années 1950, de grands orchestres de jazz, genre qui prédominait à l’époque en Haïti.

En 1955, le maestro commence avec son nouvel orchestre, l’Ensemble des Calebasses, à intégrer des rythmes latins dans le merengué traditionnel haïtien (à distinguer du merengué dominicain). 

Photo du musicien avec son saxophone.

Le saxophoniste et chef d'orchestre Nemours Jean-Baptiste, inventeur du compas (Photo d'archives)

Photo : Last.fm

Il a modernisé le merengué en y introduisant des instruments à vent, généralement sous l’influence des genres musicaux sud-américains. Donc beaucoup de saxophones, de trompettes et bien sûr des sections de percussions assez élaborées, explique Claude Dauphin, musicologue et professeur émérite à l’UQAM

Ce nouveau style est d’abord connu comme le compas direct. Le mot compas (konpa en créole haïtien) vient de l’espagnol compás, qui veut dire mesure.

C’est danser en cadence, ne pas perdre le pas. La simplification qu’a apportée Jean-Baptiste, c’est une façon de danser qui évite toutes les volutes à la manière de la salsa. Dans le compas, tout ça est simplifié : vous savez marcher, donc vous savez danser, illustre le musicologue.

C’est une musique fondée sur un rythme biologique, celui du battement cardiaque.

Un style en évolution constante, à l'affût des tendances

Dès la fin des années 1960, les big bands disparaissent au profit d’une nouvelle génération de musiciens qui baignent dans le rock et qui révolutionnent le compas en intégrant les guitares. C’est l’époque des orchestres de quartier, plus petits qu’à l’époque de Nemours Jean-Baptiste, que l’on appelle des groupes de « mini-jazz ».

L’un des plus célèbres s’appelle Tabou Combo, qui a été créé en 1968 à Pétion-Ville, qui est un peu comme le "Laval" de Port-au-Prince, explique DJ Nonez.

C’est aussi à cette époque que les groupes de compas commencent à s’exporter, d’abord en Martinique et en Guadeloupe, où le genre musical est ultra populaire, puis à New York, à Montréal et à Paris, où se réfugient de plus en plus d’Haïtiens persécutés par le régime Duvalier.

C’est important, parce que New York et Paris vont faire en sorte que jusqu'à nos jours, les artistes de compas peuvent se produire sur les grandes scènes de ce monde, ajoute le DJ.

Plusieurs artistes et groupes phares de compas émergent de ces années, au-delà de Tabou Combo : Ti Manno, leader de groupes comme D.P. Express et Gemini All Stars, Les Loups Noirs, Shleu-Shleu (connu plus tard sous le nom de Skah-Shah), Scorpio…

Le groupe guadeloupéen Kassav’ connaît aussi une énorme popularité partout dans les Antilles et devient le précurseur d’un nouveau genre, le zouk, qui, selon DJ Nonez, est très près du compas.

Il faut presque être antillais pour voir la différence. Pour certains musicologues, c’est la même musique, comme le rock anglais et le rock américain, explique-t-il.

Après les guitares, les années 1980 verront l’intégration dans le compas de sonorités électro-pop et marqueront l’arrivée des synthétiseurs boîtes à rythmes, qui sont plutôt mal accueillis en Haïti au départ. Les boîtes à rythmes ont été très mal reçues à l’époque, pour la simple et bonne raison que les Haïtiens aiment la musique live, résume DJ Nonez. 

Dans les années 2000 et 2010, l’effondrement de l’industrie du disque et l’avènement des plateformes de diffusion s'avèrent payants pour les artistes et les groupes de compas, qui ont enfin davantage de contrôle sur la musique qu'ils écrivent. Avant, les musiciens se faisaient systématiquement avoir par les producteurs. Ils n'avaient aucun moyen de contrôle. Il n'y a pas vraiment de lois en Haïti qui protègent les artistes, poursuit le DJ.

C’est aussi dans ces années que le R'n'B et le rap prennent une place de plus en plus importante chez les jeunes artistes de compas. Avec cette nouvelle génération, le compas s’urbanise. On parle alors de compas grouillades. La beauté de l’affaire, c’est que ça reste en créole, ajoute le féru de compas.

Coupé Cloué, le footballeur devenu vedette du compas

Le DJ a préparé deux listes de lecture pour la soirée compas de samedi, qui débutera à 18 h 45 au parc La Fontaine. La première sera consacrée à l’évolution du compas, alors que la seconde mettra en lumière l’un de ses artistes les plus connus, Coupé Cloué. Le chanteur, décédé en 1998, a lancé 25 albums en près de 30 ans de carrière.

Coupé Cloué est un grand artiste, mais comme beaucoup de chanteurs, ce n’était pas prévu. Il a d’abord joué au football dans la défunte Ligue haïtienne et son pseudonyme vient de son botté foudroyant : il coupait à travers le terrain et il "clouait" un tir dans le but, d’où son nom Coupé Cloué, explique DJ Nonez.

Jean Gesner Henry, de son vrai nom, s’est produit un peu partout sur la planète : en Haïti et dans le reste des Antilles, ainsi qu'à Paris, à New York, à Montréal, à Miami et à Boston, toutes des villes qui comptent une grande diaspora haïtienne. Là où il a battu tout le monde, c’est que c’est le premier qui a fait une tournée africaine, explique DJ Nonez.

Quand Coupé Cloué est venu en Côte-d’Ivoire, les gens l’attendaient à l’aéroport; il a été accueilli comme un président. Ils l’ont même couronné roi au début des années 1980, d’où son surnom de Roi Coupé.

Photo du musicien tout sourire.

Le chanteur, guitariste et footballeur Coupé Cloué a lancé son premier album, «Plein calle», en 1970.

Photo : Haïti Wonderland

Avec des vedettes comme Oswald, qui se produira d’ailleurs dimanche à Haïti en folie, DJ Nonez est d’avis que le compas a encore de très belles années devant lui.

La programmation complète de Haïti en folie est offerte sur le site du festival (nouvelle fenêtre).

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