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Orgo-Life the new way to the future Advertising by AdpathwayÀ Montréal, l’Ensemble Obiora donne une chance aux musiciens issus de la diversité, notamment afrodescendants, de propulser leur carrière professionnelle en musique classique. L'émission Tout terrain s’y est intéressée, à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs.
Patient et exigeant, le chef Daniel Bartholomew-Poyser fait répéter un passage difficile de la suite de Pulcinella, tirée d'un ballet de Stravinsky, à la salle Pierre-Mercure, à Montréal.
Le chef torontois, né au Québec de parents originaires de Trinité-et-Tobago et de la Jamaïque, a grandi à Calgary et a dirigé plusieurs orchestres symphoniques au Canada. Cette année, il est le chef principal invité de l'Ensemble Obiora.
Devant lui, des musiciens de multiples origines, dont peut-être la moitié sont afrodescendants, s’exécutent, concentrés.
La plupart du temps, dans ma vie, quand je faisais de la musique, soit à Calgary, soit à Thunder Bay, soit à Kitchener ou même à Toronto, j’étais la seule personne noire dans la pièce, raconte-t-il.
Le chef d'orchestre est complètement habitué à ça, ce n'est pas un problème, poursuit-il. Mais quand je vois les autres comme moi, c'est : "Wow! Je ne suis pas le seul!"
Il avoue avoir été ému, la première fois, de voir qu'il y avait d’autres personnes qui avaient vécu ce simple état de fait, qui connaissaient les mêmes plats ou les mêmes endroits dans les Caraïbes, qui partageaient des choses profondes avec lui. Comme un long voyage jusqu’à cette salle de répétition, au milieu de musiciens unis par la musique classique.
En voyant d’autres personnes noires dans la pièce, il pensait : Toi aussi! Peut-être toi aussi, avec ta famille, tu avais des problèmes et des personnes qui disaient : "Pourquoi est-ce que tu n'écoutes pas notre musique?"
Des préjugés tenaces
Les préjugés ou les perceptions sont en effet tenaces. Les afrodescendants, quand on parle de musique, sont davantage associés au jazz, au reggae ou encore au rap.
Maxime, Cendrine, Jean et Valérie Despax en ont fait l’expérience, lors de tournées en France avec leur quatuor. De mère haïtienne et de père français d’origine martiniquaise, ils ont grandi dans la musique classique, ce qui crée la surprise.

Maxime, Cendrine et Valérie Despax sont de la même fratrie et respectivement altiste, violoniste et violoncelliste, au sein de l’Ensemble Obiora.
Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry
Maxime se fait souvent demander s’il peut faire du jazz ou improviser. On me demande : "Tu as un saxophone?" Je réponds : "Non, c'est un alto." "Un saxophone alto, alors?" "Non, un alto à cordes!" Le dialogue fait éclater de rire ses deux sœurs, qui ne manquent pas d’anecdotes du même genre.
La première fois qu'ils nous voient, on est quatre frères et sœurs, on est des Noirs, évidemment, ils nous demandent nos origines, raconte Valérie, violoncelliste. Après ça, quand on leur dit qu'on fait de la musique classique, ils vont dire : "Ah bon? Je n'aurais pas cru!"
Ensuite, elle les invite à leur concert et ils viennent par curiosité. Et après, ils sont estomaqués, ils nous félicitent. Ils nous disent : "Jamais je n’aurais cru pouvoir entendre jouer un Ravel comme ça." Sous-entendu, par un quatuor à cordes de personnes noires.
Valérie, Cendrine et Maxime préfèrent en rire et penser à leurs parents musiciens, qui se sont rencontrés à l’Université d’Ottawa. Ils jouaient de la guitare et du piano. Puis, en fondant leur famille, ils sont devenus professeurs de musique.
Nos parents nous ont éduqués sans nous parler de racisme ou quoi que ce soit. Ils nous ont simplement dit : "Tu travailles, tu dois utiliser le meilleur de toi-même et tu dois te dépasser." Ils ne nous ont pas mis dans la tête : "Vous êtes des Noirs, vous devez vous battre à cause de votre couleur."

L’Ensemble Obiora réunit des musiciens de multiples origines, dont plusieurs sont afrodescendants.
Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry
D'autres personnes n'ont pas eu cette chance-là. Leurs parents n’ont pas cru qu’il était possible pour leurs enfants de jouer de la musique classique et d’aller vers une carrière professionnelle.
Ils ont été freinés par des obstacles économiques, comme le coût des cours ou des instruments, ou par l’absence de modèles qui leur ressemblent. C’est à partir de ce constat que l’Ensemble Obiora a vu le jour.
Un ensemble fondé pendant la pandémie
Le jeune orchestre est né en 2021 de la rencontre d’un contrebassiste montréalais d’origine jamaïcaine, Brandyn Lewis, et d’une coordonnatrice culturelle d’origine française et martiniquaise, Allison Migeon.
Je savais qu'il y avait plusieurs musiciens de couleur au Canada, mais on n'était jamais ensemble, explique Brandyn Lewis, qui joue dans plusieurs orchestres montréalais. On a tous fait les mêmes programmes, mais de se retrouver en tant que professionnels, c'est vraiment incroyable!

Brandyn Lewis, contrebassiste, directeur artistique et cofondateur de l’Ensemble Obiora, lors d’une répétition
Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry
À ce moment-là, en 2021, il y avait beaucoup de questionnements, après le meurtre de George Floyd par un policier aux États-Unis, rappelle Allison Migeon. On a pu prendre le temps de réfléchir. Comment sont perçues les personnes de la diversité, notamment les personnes noires? Comment ça se fait que dans notre milieu professionnel, un milieu qu'on adore, il y a si peu de gens comme nous?
Ils ont rassemblé quelques musiciens au sein d’un même ensemble, qui s’est élargi de plus en plus au fil des ans. Ils ont choisi le nom Obiora, qui vient de la langue ibo, au Nigeria, et veut dire le cœur, le désir du peuple.
Le reportage de Myriam Fimbry est diffusé à l'émission Tout terrain, le dimanche 15 février, de 10 h à midi, heure de l'Est, sur les ondes d'ICI Première.
Cinq ans plus tard, l'ensemble Obiora réunit sur scène jusqu'à 50 musiciens professionnels, des Canadiens de multiples origines : caribéenne (Haïti, Jamaïque, Cuba, République dominicaine), africaine (Kenya, Cameroun), asiatique (Japon, Corée, Chine, Inde, Sri Lanka), latino-américaine (Colombie, Venezuela, Équateur, Salvador, Argentine, Brésil) et autochtone.
Une porte d’entrée, un tremplin
La sélection se fonde sur des critères artistiques, mais c'est un choix délibéré de favoriser la diversité, sans toutefois s’y limiter. Ce sont souvent des personnes qui ont moins d'occasions professionnelles, qui sont moins mises sur le devant de la scène, qui ont des fois plus de difficultés à avoir accès au processus d'audition, explique Allison Migeon.
Pourquoi ont-ils moins de possibilités professionnelles?
Plusieurs de ces personnes, même si elles vivent au Canada depuis quelques années, n’ont tout simplement pas les contacts nécessaires. C'est que, bien souvent, pour être surnuméraire dans un orchestre, par exemple, ça marche beaucoup par le bouche-à-oreille, constate la directrice générale. Donc, si on ne connaît pas les personnes, forcément, on n'est pas sur la liste, donc on ne sera pas appelé pour faire tel ou tel show.

Allison Migeon, cofondatrice et directrice générale de l'orchestre Obiora, au pied de l’escalier de la salle Pierre-Mercure, à l’UQAM.
Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry
L’Ensemble Obiora leur offre une porte d’entrée, même un tremplin. Maintenant, nos musiciens sont de plus en plus appelés, remarque Allison Migeon. Depuis qu'ils font partie de notre ensemble, les gens ont appris à les connaître, et maintenant, ils font partie des listes pour être surnuméraires dans des orchestres à Montréal ou ailleurs au Canada.
Tous ces musiciens se mettent beaucoup de pression, croit le contrebassiste Brandyn Lewis, cofondateur de l’Ensemble Obiora. On joue à un très haut niveau. On dirait qu'on doit vraiment montrer au public qu'on a une place dans la musique classique.
Un public de tous âges et de tous milieux
Non seulement le public répond bien, mais il est aussi plus diversifié qu’à d’autres concerts d’orchestres symphoniques.
En effet, dans le but de rendre la musique classique plus accessible à tous, l’Ensemble se rend dans des quartiers défavorisés, offre des billets gratuits aux enfants ou à des organismes, ou se produit dans des parcs, des écoles ou des maisons pour aînés.
Des mères monoparentales ou des familles entières se rendent à un concert de musique classique pour la première fois, à la salle Pierre-Mercure, au centre-ville.
Des fois, les gens ont les larmes aux yeux parce qu'ils sont vraiment touchés par la musique qu'on a jouée, mais aussi de nous voir sur scène.
Des femmes noires pleuraient de joie de voir Tanya Charles, en avant de tous les musiciens, jouer du violon solo.
Née à Hamilton, en Ontario, avec des racines à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, dans les Caraïbes, elle est un modèle de réussite d’une femme noire en musique classique.
Connaissez-vous Florence Price?
Des membres du public ont aussi découvert la musique, longtemps enfouie dans des cartons, d’une compositrice noire américaine, Florence Price, décédée dans les années 1950.
L’Ensemble Obiora avait choisi l’une de ses œuvres pour son concert de mai 2025. C’est la première femme noire américaine dont la symphonie a été jouée par les grands orchestres aux États-Unis, souligne Allison Migeon.
De fait, varier le répertoire fait aussi partie de la mission que se donne l’orchestre.
Lors de notre rencontre à la salle de répétition, les musiciens peaufinaient leur interprétation d’œuvres d’Igor Stravinky, compositeur russe du début du XXe siècle, et de Caroline Shaw, jeune compositrice contemporaine new-yorkaise.

Le morceau « Entr’acte », de Caroline Shaw, était au menu du plus récent concert de l’Ensemble Obiora, le 31 janvier 2026.
Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry
Que l’argent ne soit pas un obstacle
Le chef torontois Daniel Bartholomew-Poyser plaide pour que tous les enfants aient accès à des instruments, afin de faire éclore les talents.
Quand j'avais 16 ans, j'étais à l'école à Calgary. Ils m'ont donné pour jouer un tuba qui coûtait 8000 $. Ma mère n'aurait jamais eu le pouvoir de payer ça, dit-il. Sa mère, qui le voyait plutôt devenir avocat, assiste maintenant à tous ses concerts, avec fierté, tout comme son père.
Si les ados de toutes les familles ont accès aux arts, ils pourront découvrir qu'ils ont un talent. C'est très important que l'argent ne soit pas un obstacle. C'est comme si nous avions des diamants ou de l'or encore dans la terre. En donnant l'accès à tout le monde, on peut trouver ces bijoux.

Une partie des musiciens en répétition, avec le chef invité Daniel Bartholomew-Poyser
Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry
C’est pourquoi l’Ensemble Obiora a organisé des ateliers de violon dans une école du quartier Saint-Michel. Une quarantaine d’enfants ont pu en bénéficier, mais il y en avait 120 qui avaient levé la main.
Malheureusement, les ateliers n’ont pas pu se poursuivre cette année, faute de budget. L’Ensemble Obiora a essuyé plusieurs refus d’organismes et de fondations.
La directrice Allison Migeon n’est pas à court d’arguments, mais elle sent le reflux des politiques de diversité. On se rend compte qu’il y a un vrai retour en arrière, constate-t-elle. Pas juste au sud de la frontière, mais au Canada aussi.
La problématique de la représentation et de la diversité, ça a été très à la mode ces dernières années. Mais ils ont pris ça comme une mode, regrette-t-elle. Sauf que pour nous, pour les personnes que nous sommes, ce n’est pas une mode!

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2 months ago
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