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Quand les ruines de l’église Sainte-Anne deviennent une galerie d’art

1 hour ago 7

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Un peu plus de deux ans après l’incendie qui a ravagé l’historique église anglicane Sainte-Anne de Toronto le 9 juin 2024, le site rouvre ses portes au public. Sous les ruines, à ciel ouvert, une exposition collective intitulée Where Walls Meet Sky [Là où les murs rencontrent le ciel], conçue avec l'organisme Art Spin, transforme les décombres en un lieu de mémoire, de résilience et de création.

Initié par le commissaire d'exposition Rui Pimenta, le titre s'est imposé lors de ses premières visites sur le site sinistré. Il y avait quelque chose d'immédiatement frappant dans un tel espace, surtout de cette dimension, qui avait encore ses murs extérieurs, mais qui n'avait plus de toit. L'envie de regarder vers le haut est presque immédiate, se souvient-il.

Pour le commissaire, cette ouverture vers le ciel est devenue une métaphore de la spiritualité.

Cette idée d'un espace qui conservait encore une forme de résonance qui ne pouvait pas être véritablement contenue. C'est comme la spiritualité elle-même, quelque chose qui est à la fois dans l'église, mais qui la dépasse également. Il se dégage encore de cet endroit une grâce et une dignité.

Des œuvres en dialogue avec les ruines

Portait de l'œuvre pyramidale de l'exposition.

Dans l'exposition, une œuvre pyramidale utilise du ruban adhésif réfléchissant pour apporter du mouvement et de la verticalité aux décombres.

Photo : Radio-Canada / Sarah Tomlinson

L'exposition propose une série d'installations spécifiquement conçues pour mettre en lumière l'architecture du bâtiment. Gareth Lichty présente, par exemple, une œuvre pyramidale utilisant du ruban adhésif réfléchissant pour apporter du mouvement et de la verticalité aux décombres. Celle-ci encadre d'ailleurs l'une des rares mosaïques ayant survécu aux flammes.

En lieu et place des vitraux disparus sur la façade de l'église, l'artiste Sofia Escobar a installé des compositions faites de cordes de nylon néon. En pivotant au gré du vent, ces pièces vibrantes rendent hommage aux vitraux originaux tout en agissant comme un signal lumineux pour les passants.

Portrait des compositions de Sofia Escobar en nylon néon.

L'artiste Sofia Escobar présente deux compositions faites de cordes de nylon néon dans le cadre de l'exposition Where Walls Meet Sky.

Photo : Radio-Canada / Sarah Tomlinson

Avec l'œuvre Nest, Eunice Luk propose de son côté un nid géant de branches assemblé grâce à la collecte de bénévoles de la communauté.

L'exposition compte également une cabine téléphonique rétro interactive où le public peut écouter ou enregistrer des messages poétiques et abstraits, une œuvre qui évoque la communication immatérielle et la prière entre êtres humains.

C'est le fait que l'on ne sache pas toujours qui est le destinataire de nos messages, qui se trouve de l'autre côté. Il y a quelque chose dans cette dynamique de la prière qui a vraiment résonné en moi. La prière n'est pas quelque chose qui se produit simplement entre l'humain et le divin. C'est quelque chose qui se produit entre êtres humains. C'est au cœur de toute communication à bien des égards.

Bricks to Bread : transformer la destruction en nourriture

Portrait des mains de Sacha Bassil.

L'artisane boulangère Sacha Bassil a collaboré avec Rui Pimenta pour construire un four fonctionnel à partir des briques calcinées de l'église Sainte-Anne.

Photo : Radio-Canada / Sarah Tomlinson

Parmi les projets les plus marquants figure la démarche collaborative de l'artisane boulangère Sacha Bassil, intitulée Bricks to Bread.

En observant les décombres de l'église, l'idée est née d'utiliser les briques calcinées par l'incendie pour construire un four fonctionnel. Conçu avec l'aide d'une spécialiste de la construction de fours et en collaboration avec Rui Pimenta, le four est composé à plus de 90 % de briques récupérées sur le site même.

Originaire du Liban et installée à Toronto depuis huit ans, Sacha Bassil a appris l'art de la boulangerie il y a six ans dans les montagnes libanaises, où elle a découvert la confection traditionnelle de la manouche sur le saj.

Pour l'exposition, elle utilise ce four à briques historique pour cuire un pain plat traditionnel fait de farine de blé entière, d'eau et de sel, une nourriture simple destinée à être offerte gratuitement aux visiteurs.

La boulangère voit dans la distribution de ce pain une façon d'apporter de l'amour, de l'union et du réconfort à une communauté marquée par le sinistre.

C'est un symbole qui représente la reconstruction, et pour moi, c'est quelque chose de très beau, parce que ça veut dire qu'il y a de la foi. Il faut avoir le courage, il faut avoir de l'espoir.

Rendre hommage à l'héritage culturel de l'église

Portrait des fresques intérieures réalisées en 1923 par le Groupe des sept.

L'édifice Sainte-Anne était connu pour ses fresques intérieures réalisées en 1923 par le Groupe des sept.

Photo : Église Sainte Anne

Pour rappeler que Sainte-Anne a toujours été un haut lieu de concerts et de rassemblements spirituels, des performances en direct viendront réinjecter de la vie au cœur des ruines.

Un programme de musique expérimentale conçu par Fan Wu est notamment prévu, avec des prestations des musiciens Sufferin Mall et Colby Richardson. L'organisme Wavelength présente également des prestations de Völur, Charles Spearin & the Local Singers, ainsi que A Horse Named Friday. Le chœur de Sainte-Anne propose aussi des concerts choraux de musique sacrée.

Sainte-Anne a été un soutien et un fervent défenseur des arts et de la culture au fil des ans. Mon premier contact avec Sainte-Anne s'est fait par le biais d'expositions d'art et de concerts auxquels j'ai assisté dans cet espace, se rappelle Rui Pimenta, en ajoutant que l'incendie survenu il y a plus de deux ans représentait une perte pour la congrégation de l'église, mais aussi pour l'ensemble du secteur culturel qui l'entourait.

La paroisse anglicane St. Anne’s a été fondée à Toronto en 1862, mais l'édifice a été bâti entre 1907 et 1908 selon un style néo-byzantin imaginé par l’architecte torontois William Ford Howland (1874-1948).

Le lieu était connu pour ses fresques intérieures réalisées en 1923 sous la direction de J.E.H. MacDonald (1873-1932), accompagné de deux autres membres du Groupe des sept, F.H. Varley (1881-1969) et Franklin Carmichael (1890-1945). Ces peintures religieuses — les seules jamais créées par le célèbre groupe d'artistes canadiens — ont malheureusement été perdues lors du sinistre de 2024.

En dépit de cette perte irremplaçable, Rui Pimenta souhaite que les visiteurs retiennent un message d'espoir. J'espère qu'ils réalisent qu'il y a là une occasion d'apprécier l'art dans cet espace unique, et que, même face à la perte et à la destruction, il existe une possibilité de renaissance. C'est précisément de la perte que naît la possibilité du changement et du renouveau.

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